Interview avec Docteur Jaouad Mabrouki

 

Interview avec Docteur Jaouad Mabrouki

Expert en psychanalyse de la société marocaine

Psychiatre, Psychanalyste

Ecrivain, Artiste peintre

 

ML : Comment définissez le vrai bonheur ? 

 

Il n’y a pas de vrai bonheur, il y a le Bonheur et ce bonheur est relatif, propre à chacun, on ne peut pas le juger, le mesurer, ni le critiquer. Si une personne a le sentiment de vivre dans le bonheur, si c’est ce qu’elle ressent alors c’est cela le bonheur. Actuellement il y a un tas de mouvements, de courants, de philosophies qui vendent du bonheur, et cela a beaucoup de succès car tout le monde est à la recherche du bonheur. On se rend compte aujourd’hui que le bonheur n’est pas dans le matériel, mais où est-il ? Je pense que la réponse est en nous ! Il incombe à chacun de nous de trouver son bonheur et pour cela il faut s’écouter pour pouvoir se connecter à soi-même.  Pour moi Je dirai que le bonheur se trouve dans un état de sérénité, de contentement, pour pouvoir être paix avec soi-même et avec le monde.

 

ML : En tant que psychiatre, psychanalyste et psychodramatiste, pensez-vous que la jeunesse marocaine est relativement heureuse et épanouie ? 

 

Je dirai que la jeunesse marocaine a le potentiel pour être heureuse et épanouie mais elle ne le sait pas !  Je vois ce potentiel dans la joie de la jeunesse marocaine. Je trouve que les jeunes marocains sont joyeux, sont vivants, sont créatifs, sont débordants d’énergie et tout cela permet de se sentir heureux. Je crains que ce soit le monde des adultes, à commencer par les parents qui briment cette joie de vivre, comme si cette joie ne pouvait pas mener à la réussite. Or je suis persuadé que la joie aide à la réussite des projets et permet le bonheur et l’épanouissement.

 

 

ML :  D'après vous quels sont les facteurs socio-éducatifs qui définissent l'épanouissement actuel de la jeunesse ?

 

La confiance, la certitude, l’accompagnement, l’encouragement sont les seuls facteurs qui déterminent tous les autres facteurs d’épanouissement.

La confiance détermine un regard positif porté sur le jeune. C’est ce regard rassurant et confiant qui irrigue l’épanouissement du jeune, car il ne se sent pas seul, mais plutôt accompagné

La confiance dans nos jeunes, qu’ils sont capables de tout, la confiance qu’ils sont une mine de joyaux et il ne suffit que de leur faire confiance, de les encourager et de les accompagner pour qu’ils creusent leurs mines et extraire une multitude de compétences latentes.

Le regard certain porté sur le jeune qu’il va réussir et s’épanouir, est une énergie du bonheur pour le jeune.

 

 

 

ML :  Selon vos observations quelles seront les mesures qui devront être mises en place pour que la génération émergente puisse se confirmer en tant que vecteurs du développement social ?

 

Il faut impliquer les jeunes très tôt dans la participation au développement de leur société si on veut que la génération émergente puisse être un vecteur de développement social. Cela passe par des valeurs à transmettre à l’enfant dès son plus jeune âge, des valeurs telles que la générosité, l’entraide, le partage, le sens de la justice, etc.… Plus nous impliquerons tôt nos enfants dans la participation à l’amélioration de notre société, plus ils se sentiront responsables et seront acteurs dans le changement. Et cela passe par des actions très simples telles que l’implication dans la vie du quartier, l’aide qu’il peut apporter a la voisine alitée qui ne peut pas faire ses courses et à qui il peut rendre service, le petit voisin qui n’a pas compris sa leçon de math et à qui il peut consacrer du temps au lieu de rester sur son ordinateur,…. Ces mesures sont à mettre en place au niveau de la famille, à la maison et aussi au niveau du quartier, en concertation avec les voisins, à l’école, etc.….

 

 

ML :  Quelles sont les difficultés récurrentes que rencontre la jeunesse marocaine en quête de l'épanouissement personnel ?

 

Les jeunes ont un besoin de justice très aiguisé et quand ils ressentent de l’injustice ils en souffrent énormément, et malheureusement notre société connait encore de grandes injustices qui entravant l’épanouissement personnel du jeune. Le jeune a besoin de communiquer, de s’exprimer, d’aborder tous les sujets afin de se forger sa propre opinion et construire sa personnalité or il y a encore beaucoup de non-dit et de sujets tabous dans notre société qui dérangent notre jeunesse. Enfin le jeune est confronté à des contradictions, des incohérences qu’il ne comprend pas, les adultes ont trop souvent un comportement qui contredit leurs paroles, et tout cela constitue des difficultés pour le jeune en quête d’épanouissement personnel.

 

 

ML : Quelles seront vos recommandations pour les acteurs éducatifs (parents, écoles, associations, médias,  ..) afin de promouvoir un état d'esprit positif et pro-actif au niveau d'une génération marquée par l'évolution technologique des moyens de communication (internet , réseaux sociaux , etc. ...) ?

 

 

Pour promouvoir un état d’esprit positif il faut d’abord être dans cet état d’esprit, avoir une vision positive, on ne peut transmettre que ce que l’on est !

L’évolution des technologies et des moyens de communication ne doit pas être un prétexte pour moins communiquer et les acteurs éducatifs devront veiller à maintenir une communication de qualité avec le jeune, être présent et disponible, être à son écoute et surtout l’impliquer en tenant compte de son avis et lui faire prendre part aux décisions qui le concerne.

D’autre part les adultes devraient toujours garder en tête que les jeunes ont des capacités et des compétences insoupçonnées et on peut apprendre énormément d’eux si on prend la peine de les écouter.

 

Propos recueillis par

Maryem Laftouty