Interview avec Hamza Chraibi, président et fondateur d’Arab Excellence

La performance est- elle une conquête ou un acquis? Voici la question que se posent plusieurs jeunes de notre génération. Du haut de ces 27 ans, Hamza Chraibi,  pour sa part, en a fait une vraie quête de vérité, pour mettre le résultat de ses recherches au profit de ses compères. Après avoir terminé son parcours estudiantin, il intègre un organisme financier à l’étranger. Malgré son expérience professionnelle studieuse, en 2012 il décide de quitter son poste pour mettre au monde sa vision, créer le concept  «Arab Excellence». Il met alors tous les moyens pour que son idée prenne vie et devienne une réalité. Il a commencé par de simples vidéos, scénarisant la réussite de plusieurs modèles d’excellence du monde arabe en les mettant au profit d’un public  diversifié, composé de jeunes actifs en quête d’inspiration.  Pour Hamza, l’objectif a toujours été clair. Considéré par plusieurs professionnels et formateurs, nationaux et internationaux, comme un vrai ambassadeur de la réussite, il inspire ses pairs à atteindre, chacun, le sommet de sa propre expérience.

 

ML : D’une simple vision à la réalité, que peut-on  aujourd’hui dire d’«Arabe Excellence» ?

Basé sur de vrais modèles de réussite qui témoignent de leurs expériences, ArabExcellence a développé un programme de workshops et de formation à destination des jeunes. Ces Workshops  consistent à les aider à découvrir leurs propres  potentiels, développer leurs visions personnelles et se mettre en action en se basant sur une feuille de route que chacun d’eux développe selon ses aspirations. Après plusieurs années d’expérience en France, Emirats Arabes unis et plus récemment au Maroc, l’organisation Arab Excellence opère aujourd’hui dans plusieurs pays étrangers comme l’Arabie Saoudite et même aux Etats Unis. Nous ambitionnons dans le future également de réaliser des Boot-Camps dans d’autres pays, nous avons pensé à créer quelque chose comme «Africain-Excellence» ou «Brazilian Excellence». Il s’agit, de façon plus simple, de mettre en opération une plate-forme qui réunit différents modèles de réussite caractérisant chaque pays. Un «curriculum» de réussite est quelque chose d’universelle ; qui n’est pas forcément liée au monde arabe en particulier. Donc, il est nécessaire de «customiser» cette technique à la culture locale de chaque pays. C’est-à-dire, au moment où ArabExcellence délivre ses workshops dans une région ou un pays donné, nous ne travaillons pas directement avec les jeunes de ces régions mais nous formons des coaches locaux qui vont eux-mêmes, à leurs tours, délivrer les workshops de «Arab Excellence» en les adaptant à leurs propres cultures. En quelque sorte, nous formons des jeunes champions ou talents, qui sont à leurs pleins potentiels pour qu’ils soient des modèles de réussite. Ainsi, ils vont former les autres jeunes de leur génération.

 

ML : D’après ta riche expérience, peux-tu définir un peu le rôle du bonheur dans le développement personnel des jeunes d’aujourd’hui?

Déjà une chose bête et simple que tout le monde sait, «si tu n’aimes pas ce que tu fais tu ne le feras pas bien».  Parce qu’au final, ce qui te permettra d’atteindre l’excellence et de développer tes compétences, est de faire la chose une centaine de fois durant des milliers et des milliers d’heures. Donc si tu fais quelque chose de façon aussi répétitive et avec autant de persévérance, sans pour autant l’apprécier, tu seras automatiquement malheureux. Et bien entendu, au premier échec tu risques de laisser tomber. Par contre, quand tu aimes ce que tu fais, tu es prêt à t’y consacrer pleinement et tu n’abandonneras pas. D’autre part, il faut aussi un certain équilibre dans sa vie. Moi par exemple, au départ j’étais tellement épris par «Arab Excellence» et sa réalisation, que je passais moins de temps avec mes amis et ma famille. Un certain moment, la passion commençait à se perdre car la balance n’y était pas. Donc, il faut toujours créer un certain équilibre entre tes aspirations professionnelles et ta vie personnelle pour être vraiment heureux. Ces deux choses-là sont fondamentales parce que c’est ce qui permet d’aimer encore plus ce que tu fais. Ma conclusion pour cette question est que la réussite n’est pas forcément synonyme de bonheur, mais faire ce qu’on aime et s’acharner à le réussir, ça c’est le bonheur !

 

ML : Alors, le bonheur est-il au final une route ou un résultat?

Clairement,  le bonheur est la route. C’est comme la réussite,  elle doit être considérée aussi comme une route. Je vous donne un exemple très simple : la montée de l’Everest. Les sportifs passent 6 mois ou plus à se préparer, 2 mois à escalader la montagne, et puis, quand ils arrivent au sommet, ils ont quelques secondes pour profiter de la vue, puis il faut redescendre rapidement à cause du manque d’oxygène. On comprend donc à travers cet exemple que le but de monter l’Everest n’est pas la destination finale mais le chemin pour y parvenir. Autre chose, de nos jours, plusieurs jeunes sont à la recherche du bonheur le considérant synonyme à la réussite,  alors que ce sont deux choses différentes mais que l’on peut tout de même associer. En cherchant la réussite uniquement, on oublie souvent le bonheur que procure le processus pour atteindre ses objectifs : se challenger, gérer les difficultés, trouver des solutions ; Ce n’est qu’en prenant en considérations ces obstacles que l’on peut se féliciter à la fin de ses résultats et de se dire «Wow, moi j’ai réussi à faire cela! ». Et c’est de cette façon que l’on se fixe à chaque fois de nouveaux objectifs. Et qui dit de nouveaux objectifs, dit aussi de nouvelles visions… donc, on est constamment dans cette dynamique de toujours vouloir se challenger. On comprend  alors qu’il n y a pas vraiment de résultat final. Une fois, on atteint le résultat et on se dit, «là je suis heureux», cette allégresse nous pousse  à repartir à la conquête de nouveaux objectifs.

ML : Est-ce que le fait d’avoir une vision d’avenir prédéfinie, crée un épanouissement personnel particulier qui pourrait mener à une vie heureuse ?

Une chose qui est claire, c’est que Dieu nous a tous créé pour que chacun puisse atteindre un objectif particulier. Nous ne sommes pas là par hasard. Donc si on n’est pas dans cette recherche de sa propre vision, cela veut dire que notre vie n’a pas de sens. Et automatiquement quelque chose qui n’a pas de sens, surtout quand il s’agit de sa propre existence, peut facilement rendre malheureux. Chacun à un potentiel particulier et lorsque ce potentiel est «aligné» avec sa vision personnelle, le bonheur et l’épanouissement personnel viennent tous seuls. Lorsque l’on travaille, on ne doit pas le faire juste pour gagner de l’argent, mais le faire parce qu’il y a bien une cause derrière qui est plus forte. Ainsi, professionnellement parlante et en suivant ce raisonnement, on atteint facilement la performance. Et qui dit performance dit aussi réussite. D’ailleurs, dans l’histoire de l’humanité,  les gens qui ont vraiment réussi, ce sont des personnes qui ont donné sens à leurs vies professionnelles. Et c’est ce sens qui fait que certaines personnes aujourd’hui se lèvent très tôt le matin et travaillent 15 à 20 H par jour, 6 jours par semaine et durant plusieurs années, pour arriver à leurs objectifs.

 

ML : Est-ce que, d’après ta propre expérience professionnelle et celle d’Arab-Excellence, penses-tu que le jeune marocain est un actif professionnel « heureux » ?

La grande diversité culturelle au Maroc fait qu’en tant que jeunes marocains, de façon général, nous avons une richesse incroyable et un fort potentiel d’atteindre notre propre excellence personnelle. Mais cette complexité et variété d’influences culturelles peut aussi parfois nous perdre et faire en sorte que nous avons des questions sur qui nous sommes, pourquoi nous sommes là et qu’est-ce que nous voulons atteindre dans notre vie. Ce sont ces trois questions qui devront nous aider à se définir et en conséquence à pouvoir construire notre propre vision. Si chacun arrive à répondre à ces trois questions, rien ne nous empêchera d’être dans la proactivité, et par conséquence de chercher notre propre bonheur. Le challenge aujourd’hui, est que le jeune marocain, depuis à son enfance, fait face à des commentaires comme «il faut que tu réussisses» ; «il faut que tu sois le meilleur», «il faut que tu aies les meilleures notes» ; l’enfant se demande alors Pourquoi? Il ne l’exprime pas forcément verbalement, mais se pose tout de même la question. Les parents répondent «c’est pour avoir un bon travail et bien gagner ta vie»…. Ces réponses souvent ne sont pas convaincantes. Il faut d’abord que le jeune ait un rêve dans la vie et mette en place sa vision personnelle. Cette vision doit être personnelle et venir de l’intérieur de soi, et non une vision imposée par autrui. Par la suite le jeune doit comprendre comment à l’école ou ailleurs, travailler dur peut lui permettre d’une façon ou d’une autre de se rapprocher de son rêve et d’atteindre sa vision. C’est ainsi et seulement ainsi qu’il pourra chercher la réussite par lui-même et dire moi «j’ai envie». Les réponses à la question au « Pourquoi je fais ca ?» doivent être claires dans son esprit.

 

ML : Quels conseils pour avoir une vie active marquée par le bonheur ?

 

Prendre 5 à 10 min par jour, éteindre son téléphone et se poser les questions suivantes: comment je me vois dans 10 ans par exemple, comment j’ai envie d’être ? Puis fermer tout simplement les yeux et visualiser son idéal : Imaginer son futur foyer, sa routine et son lieu de travail idéal, ses habits, les moyens que l’on souhaiterait avoir etc... Après avoir défini cela, l’écrire en détail sur papier, puis le compléter et le clarifier petit à petit. Cela paraît banal, mais c’est de cette manière que l’on donne naissance à sa propre vision et que cette dernière prend forme. Cela permet de clarifier les choses et de tracer le chemin pour y parvenir. Et ce n’est que de cette manière que l’on arrive à se concentrer sur les choses les plus fondamentales, qui comptent vraiment à nos yeux et mettre en œuvre son propre projet professionnel.  Une fois la feuille de route prêtedessinée, il ne reste plus qu’à être proactif pour aller à la recherche des réponses manquantes et réaliser petit à petit ses propres objectifs.